"La souffrance est un
correctif qui met en lumière la leçon que nous
n'aurions pas comprise
par d'autres moyens et elle ne peut jamais être éliminée,
tant que cette leçon n'a pas été apprise."
Dr Edward Bach

Voilà un sujet qui me semble encore plus difficile à aborder que celui de la mort.
En tant que thérapeute j'ai souvent été confrontée à la souffrance des autres. Certaines personnes la vivent au quotidien depuis des années sans aucun espoir de guérison, sans aucun soulagement. Cela m'a toujours terriblement troublée. Pourquoi? Pourquoi certaines personnes sont-elles ainsi marquées au fer rouge, condamnées à souffrir?
La religion catholique nous a appris qu'il était noble de souffrir, ce serait comme une sorte de test que Dieu nous fait passer, et il faudrait accepter la souffrance comme un martyr en offrant ses douleurs à Dieu. Jésus n'a-t-il pas souffert pour nous? J'avoue que j'ai de la difficulté à adhérer à de telles croyances. Cependant il est vrai qu'accepter ses souffrances les rend moins pénibles à supporter. Mais il y a une différence entre accepter et se résigner.
Quand j'ai moi-même été "victime" des douleurs osseuses causées par le cancer, j'ai réalisé plusieurs choses. La plus importante sans doute fut de constater le caractère subjectif de la douleur. Par exemple j'ai réalisé que je pouvais m'accomoder d'une douleur lancinante mais que j'étais terrifiée par la douleur occasionnée par une intra-veineuse, douleur qui pourtant est de courte durée et bien faible comparée à la douleur que je sentais quand je marchais. En outre je constatai que plus j'avais peur, plus je focalisais sur la partie de mon corps qui était piqué, et plus c'était douloureux. En fait tout le monde sait ça: quand on est tendu, stressé, angoissé, toute douleur fait plus mal que lorsqu'on est calme et détendu. J'avais donc un certain pouvoir sur la douleur, en modifiant mon attitude. Cela m'aida énormément à passer à travers mes traitements, qui m'apparaissaient plus terribles que ma maladie!
Une autre chose que j'ai comprise, c'est que de ressentir de la colère envers sa douleur ne fait que l'augmenter. Personne n'aime avoir mal, et on a tendance à en vouloir à la douleur, comme si c'était une personne qui nous voulait délibérément du mal. On peut se mettre à haïr la partie du corps qui nous fait souffrir, les cellules qui sont à l'origine de la maladie! En lisant le livre d'Hulda Clark (voir Guérir son corps) j'avais compris que les cellules cancéreuses étaient des cellules malades, pas des méchantes cellules tueuses. Alors plutôt que de les haïr et de visualiser leur destruction, je leur ai envoyées de l'amour pour les aider. Je me suis dit qu'après tout c'étaient mes cellules, elles faisaient partie de moi, elles étaient moi, et qu'une stratégie d'amour était beaucoup mieux qu'une stratégie de haine et de destruction. Et cela a fonctionné: une après l'autre, toutes mes douleurs se sont estompées et ont disparu, complètement. Elles ne sont jamais revenues.
Je ne dis pas que cela est une recette miracle, que ça marche à tout coup, mais il me semble qu'à tout le moins ça peut aider. Je sais cependant combien une douleur constante peut nous miner, nous affaiblir, nous démoraliser. Il faut une bonne dose de courage pour surmonter ses souffrances.
Quand on a mal, on a tendance à focaliser toute notre attention sur la douleur, ce qui ne fait que la rendre plus intense et plus présente. Si on peut arriver à dévier son attention de la douleur, on peut la réduire considérablement. On peut aussi suivre les enseignements de Jacques Salomé, et trouver un objet qui symbolisera notre douleur. Ce qu'il faut faire ensuite, c'est prendre soin de cet objet, le soigner avec amour, pas le jeter dans un trou (bien que c'est ce qu'on aurait envie de faire)!
Il semble que les grandes douleurs physiques soient une manifestation de douleurs émotives très profondément refoulées, et que pour guérir il faille aller toucher ces douleurs émotives, les exprimer, s'en libérer. Bien sûr on préférerait un traitement miracle, un médicament, n'importe quoi plutôt que d'aller fouiller sa zone d'ombre! Jusqu'où sommes nous prêts à aller? Combien de souffrances pouvons-nous endurer?
Le conte des Petits Bobos
Il était une fois deux amis qui se disputaient mais qui n'arrivaient jamais à se quitter car ils tenaient beaucoup l'un à l'autre. L'un s'appelait Petit Bobo, c'était le plus colérique, l'autre Gros Bobo, c'était le plus hargneux. Ils se disputaient toujours car chacun prétendait que c'était lui qui avait le plus mal.
Petit Bobo:
- Moi j'ai toujours mal. J'ai mal
partout, j'ai jamais été heureux, j'ai jamais pu dire ce
que je "pansais".
Gros Bobo, lui, lui répondait:
- Moi quand j'ai mal, ça fait
très mal. Je souffre beaucoup, mais personne ne m'aime, personne
ne veut comprendre ce que je dis en souffrant...
Comme vous devez
l'imaginer, la vie de Petit et Gros Bobo n'était pas marrante car
il leur arrivait à l'un et à l'autre toujours quelque chose.
Pourtant on s'occupait beaucoup d'eux.
Quand Petit Bobo
arrivait quelque part, on s'occupait beaucoup de lui. Ses amis préférés
s'appelaient Tricotstéril, Mercurochrome, Teinture d'iode... Petit
Bobo était très entouré.
Gros Bobo, lui,
était un peu plus inquiétant. On ne savait jamais ce qu'il
pouvait faire. Soit il tombait et se cassait quelque chose, soit il se
redressait et se cognait la tête. Soit il se couchait et là,
c'étaient des douleurs de ventre, des brûlures, des maux de
gorge, des maux de tête.
Gros Bobo passait
sont temps à inquiéter les autres. Ses amis préférés
s'appelaient Docteur, Chirurgien, Kinésithérapeute.
Dans un certain
sens, Petit Bobo et Gros Bobo menaient une vie passionnante. Il faut savoir
que même s'ils se disputaient toujours, c'étaient des travailleurs
consciencieux et très braves. Oui, je ne vous l'ai pas dit au début
mais Petit Bobo et Gros Bobo avaient tous les deux un métier très
important.
Oh, un métier
pas très connu, car ils travaillaient plutôt dans l'ombre.
Un métier difficile à expliquer car Petit Bobo et Gros Bobo
étaient, comment le dire simplement, des sortes de sentinelles et
des explorateurs en même temps. Oui, c'était un travail d'une
grande rigueur qu'ils faisaient chacun très consciencieusement.
Et surtout, c'était
un travail où les jours de repos n'existaient pas. Ils travaillaient
à temps plein et avec beaucoup d'enthousiasme, vous pouvez me croire.
Il y a des jours où Petit Bobo et Gros Bobo ne savaient où
donner de la tête et ces jours-là il n'avaient même
pas le temps de se disputer.
Vous allez certainement
me dire:
- Arrêtez de tourner autour
du pot, dites-nous ce qu'était ce métier! Qu'on sache à
la fin à quoi ils servent, Petit Bobo et Gros Bobo!
(...) Le métier de Petit Bobo et de Gros Bobo consistait à essayer d'avertir, de prévenir, de témoigner même, que quelque chose n'allait pas à l'intérieur d'un petit garçon, d'une petite fille, ou d'un adulte. Oui, Petit Bobo et Gros Bobo étaient une sorte de langage, souvent mal entendu, car dès qu'ils apparaissaient on essayait de les réduire au silence, de les bâillonner, de les supprimer même. Eux qui tentaient de faire avec passion leur métier: avertir que quelque chose d'important n'était pas respecté dans la vie d'un enfant ou d'un adulte.
(...) À leur
façon, vous l'avez compris, ils tentaient de dire ce qui n'avait
pu être dit avec des mots. Petit Bobo et Gros Bobo se dévouaient
sans relâche pour alerter, pour mettre en garde enfants et adultes
qui restaient prisonniers d'une situation inachevée, qui avaient
mal vécu, qui n'acceptaient pas une séparation, la perte
d'un être cher. Inlassablement ils tentent d'attirer notre attention
sur notre façon de vivre pas toujours en accord avec nos besoins
réels. Ils tentent de nous alerter sur l'incohérence de certaines
de nos relations, sur les blessures de l'âme et du coeur. Ils veulent
nous rappeler qu'il y a un lien très important entre l'état
de Santé et le Respect de soi.
Et surtout Petit
Bobos et grands Bobos sont là pour nous permettre d'être plus
cohérents dans nos choix de vie.
Petits Bobos et
grands Bobos sont de véritables langages pour nous dire quand les
mots nous manquent ou n'osent pas se dire."
Jacques Salomé, Contes à
guérir Contes à grandir, Albin Michel.
D'après Ekhart Tolle et d'autres auteurs spirituels, la souffrance peut, tout comme la mort, être un puissant agent de transformation:
"Permettez à la souffrance de vous ramener de force dans le "maintenant", dans un état d'intense et consciente présence. Utilisez-là pour arriver à l'Éveil."
"Devenez un alchimiste, transformez le vulgaire métal en or, la souffrance en conscience, le malheur en une occasion d'éveil." 1
Qu'il s'agisse de souffrances morales ou physiques, je crois qu'on peut toujours s'en sortir. On a tendance à s'identifier à notre douleur. La première chose à faire est donc de prendre conscience que nous sommes autre chose que la douleur. Quand j'ai mal quelque part, j'ai pris l'habitude de dire: "je ne suis pas un dos", ou "je ne suis pas une main"... En me répétant cela, je permets à ma pensée de se défocaliser de la douleur. Puis je m'interroge sur la symbolique de la partie du corps qui est atteinte, et sur le type de douleur. J'ai souvent eu tendance à ignorer la douleur, car inconsciemment je savais que c'était un signal d'alarme et je ne voulais pas l'entendre. J'ai donc enduré très longtemps des douleurs avant de réagir. Aujourd'hui j'essaie de réagir différemment, d'accueillir la douleur et d'en comprendre la provenance. Cela ne m'empêche pas des rechercher des moyens de la soulager.
En tant que thérapeute, j'ai connu des personnes aux prises avec de grandes douleurs physiques et morales (les deux sont intimement liées), et j'ai eu la chance d'assister à de véritables transformations. Bien sûr cela a pris du temps, et mon rôle dans cette démarche fut bien davantage celui d'une accompagnatrice que d'une acupuncteure. Écouter la souffrance de l'autre, c'est déjà lui permettre d'en prendre conscience, de chercher des solutions. Certaines personnes sont prêtes à faire une telle démarche, alors que d'autres recherchent inlassablement la thérapie qui les soulagera, consultant même plusieurs thérapeutes à la fois. Mais peu importe la voie que l'on choisit, il faut toujours garder espoir.
"La souffrance est un correctif qui
met en lumière la leçon que nous n'aurions pas comprise par
d'autres moyens et elle ne peut jamais être éliminée,
tant que cette leçon n'a pas été apprise."
Cette citation du Dr Edward Bach ne prend-elle
pas maintenant tout son sens?
1 - LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT,
Eckhart Tolle, Éditions Ariane