Dans ce contexte multifactoriel, l’ajustement est facilité par des caractéristiques stables de la personnalité, comme une anxiété faible ou modérée et une image du corps satisfaisante et structurée, ainsi que par différentes stratégies d’ajustement. Des réactions comme la négation, l’isolation (le cours de la pensée se suspend, pour « ne surtout pas comprendre ») ou l’esprit combatif protègent mieux d’une anxiété qu’une tendance à la projection, au stoïcisme/fatalisme ou à l’agressivité/colère.
Les travaux anglosaxons sont davantage orientés vers une approche « perceptivo-cognitive » où l’idée de
coping s’est substituée à celle de mécanisme de défense. Le
coping se définit comme « l’ensemble des efforts cognitifs, émotionnels ou comportementaux, destinés à maîtriser ou tolérer les exigences internes ou externes qui menacent ou dépassent les ressources d’un sujet ».
L’aspect cognitif du
coping se réfère aux représentations que le sujet a de la maladie et de l’hospitalisation. L’importance qu’il leur accorde représente le stress perçu : une trop grande « vigilance » et une perception négative des événements médicaux freineraient l’ajustement du patient. La façon dont l’individu perçoit et (s’)explique l’apparition de sa maladie (« contrôle perçu ») détermine son ajustement : ainsi, attribuer la survenue du cancer à des causes incontrôlables, non spécifiques et externes (« c’est la fatalité, je n’y peux rien »), réduirait ses possibilités d’ajustement. L’évaluation qu’il fait de ses propres
ressources relationnelles et environnementales joue aussi un rôle : la perception d’un faible soutien social entraverait l’ajustement.
L’aspect émotionnel et comportemental du coping correspond aux diverses stratégies effectivement mises en œuvre par le sujet : actives ou centrées sur la résolution du problème, passives ou centrées sur l’expression d’une détresse émotionnelle. Le recours à l’une ou l’autre de ces stratégies dépend de l’évaluation cognitive de la maladie et des stresseurs hospitaliers (hospitalisation, traitements, soins...) : percevoir les événements comme incontrôlables renforcerait le recours à un coping émotionnel (sentiment d’impuissance, idées dépressives...), au détriment d’un ajustement comportemental (par exemple, une participation active aux soins). Certains sujets cancéreux s’adaptent remarquablement au cours de leur hospitalisation (absence de perturbation émotionnelle, relationnelle et comportementale) ; leur profil rappelle les analyses portant sur la personnalité de type C, décrite chez certains patients cancéreux : elle associe forte désirabilité sociale, faible émotivité (anxiété et névrosisme bas) et incapacité d’exprimer des affects négatifs, notamment hostiles. Les sujets présentant une affectivité négative (réactivité émotionnelle négative aux stress) élevée et une affectivité positive (degré d’extraversion) faible montrent plus de détresse et d’insatisfaction, même en l’absence de stress patent. Un profil inverse (affectivité négative faible, affectivité positive élevée) semble caractériser les sujets cancéreux et traduire un style de coping émotionnel « répressif », préjudiciable notamment à la guérison ultérieure : les sujets les mieux ajustés, en apparence, à l’hospitalisation présenteraient le plus de risques de récidive.
Il semble donc qu’une absence de réactivité négative aux stress hospitaliers (répression émotionnelle) annonce une bonne adaptation à court terme (durant l’hospitalisation) mais expose, à moyen et long termes, à une aggravation du processus tumoral ; le style « évitement émotionnel » pourrait aussi masquer une dépression sous-jacente
Bruno Quintard. le 29/11/2005
mise à jour le : 07/12/2005