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Acharnement thérapeutique
On parle d’acharnement thérapeutique lorsque certains médecins ne veulent pas reconnaître le caractère inéluctable et imminent de la mort d’un malade et multiplient à son égard des actes et des moyens thérapeutiques « disproportionnés » (P. Verspieren) avec leurs objectifs. L’acharnement témoigne de violence et de dépossession de soi. L’acharnement thérapeutique est ainsi chargé d’une connotation péjorative : elle sous-entend qu’on inflige au malade des souffrances inutiles, pour ne pas dire des « tortures » (L.‑V. Thomas), en « prolongeant » son agonie, tout en le privant de sa dignité, de sa liberté et de sa mort naturelle. Derrière cette expression, il y a aussi une souffrance partagée par les familles, les soignants et parfois les malades eux‑mêmes : celle de l’isolement et de l’impossibilité fréquente de communiquer, par la parole ou les gestes, dans les derniers moments de la vie. Cette image d’une mort rendue violente par l’intervention « frénétique » de la technique médicale moderne s’oppose à l’image moins agressive d’une mort naturelle survenant à domicile au milieu de proches. Les médecins ne peuvent pas toujours prévoir avec certitude les résultats des traitements. L’accusation d’acharnement est portée souvent a posteriori quand le traitement a été un échec : l’acharnement thérapeutique est « un miracle qui a échoué » (G. Laroque). Il est difficile à un chirurgien, à un Service d’Aide Médicale Urgente (SAMU) ou à une équipe de réanimation de peser le pour et le contre de mesures thérapeutiques qui n’ont toutes leurs chances d’agir que si leur mise en œuvre est immédiate : ce n’est que dans les heures ou les jours qui suivent que ces mesures paraissent ou non disproportionnées avec le résultat qu’elles ont obtenu ou les séquelles que conserve le malade.
Une meilleure connaissance des facteurs de pronostic permet aujourd’hui dans la plupart des maladies aiguës ou chroniques d’évaluer, à partir des symptômes et des résultats biologiques d’un malade donné, les chances de guérison ou de rémission ainsi que les risques de complications ou de séquelles. Cette évaluation repose sur des données statistiques qui, sans avoir une valeur absolue, aident la décision médicale. Elle permet d’indiquer par avance, dans le dossier d’un malade, la conduite raisonnable à tenir en cas d’aggravation ou de complication brutale et d’éviter ainsi des traitements ou une réanimation injustifiés. Elle permet aussi d’expliquer à un malade, une famille et à l’équipe soignante les raisons d’une « persévérance médicale », celles de poursuivre un traitement obstiné. Ces données statistiques n’enlèvent pas au médecin sa responsabilité éthique, pas plus qu’elles ne privent le malade de sa liberté (d’accepter ou de refuser une thérapeutique donnée).
Certaines personnes jugent bon de rédiger et de porter sur elles à l’intention de leur médecin un document – appelé « testament de vie » ou « testament biologique » – dans lequel elles indiquent leur volonté de ne pas faire l’objet, le cas échéant, de thérapeutiques jugées par avance disproportionnées. Certains États, aux États-Unis ou au Danemark, accordent une valeur légale à un tel document. Sans aller jusque-là, la volonté du malade exprimée par écrit représente pour le médecin un repère qui oriente des décisions difficiles. De même, la désignation d’un tiers, familial ou non, dite « personne de confiance » doit permettre de faciliter les meilleurs décisions. Cette désignation est inscrite dans la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé qui indique (Art. L. 1110-5.) : « (…) Les professionnels de santé mettent en oeuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer une vie digne jusqu’à la mort. ». Les règles d’information des usagers du système de santé et d’expression de leur volonté sont précisées dans son chapitre Ier. Cette notion est reprise dans la conférence de consensus ANAES (devenue HAS) des 14 et 15 janvier 2004 sur l’accompagnement des personnes en fin de vie et de leurs proches avec comme recommandation : « Favoriser la mise en oeuvre des dispositifs qui permettent d’anticiper les phases de rupture et de prendre en compte les demandes formulées par la personne malade et ses proches. Une réflexion est nécessaire à propos des directives anticipées rédigées par la personne malade et de la position reconnue à la « personne de confiance ». À cet égard il est recommandé de mentionner dans les documents d’accueil l’importance de désigner une « personne de confiance » ou un référent au sein de la famille ».
Une famille dans le deuil peut souffrir de n’avoir pas su s’opposer à ce qu’elle a pris pour de l’acharnement thérapeutique. En pareil cas un entretien avec le médecin ou un autre soignant permet d’expliquer ce qui a été décidé et réalisé et libère de regrets dus à un défaut de communication regrettable au moment des faits.
René Schærer. 22/11/2005 mise à jour le : 07/12/2005
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